Mar(t)ine au volcan

Cette semaine a été très volcanique : expédition dans la pluie et le vent ce week-end pour voire l’éruption en cours au Piton de la Fournaise et visite de la nouvelle Cité du Volcan mardi. J’ai eu la chance de visiter l’établissement avec Patrice Huet, le directeur scientifique qui a oeuvré au cœur du projet de rénovation. 

Si il y a une chose que j’espérais voir avant de quitter La Réunion, c’est bien une éruption volcanique. Le Piton de la Fournaise est un des volcans les plus actifs au monde et la dernière éruption majeure date de 2007. En ce début février je m’apprête à quitter l’île intense vers d’autres horizons et toujours pas d’éruption. Mon départ se retrouve retarder pour des problèmes de visa, contretemps qui m’aura finalement permis d’observer l’un de ces phénomènes géologiques exceptionnels.

Mardi 4 février à 11h, volcan la pété comme disent les créoles : le Piton de la Fournaise est entré en éruption. Vendredi 6 février, les prévisions météo ne sont pas bonnes mais l’activité sismique diminue signe que l’éruption serait en train de s’atténuer. Avec 2 amis, nous décidons de tenter notre chance. Après une heure et demi de route depuis l’Ouest de l’île dont la dernière partie sur la piste de la plaine des sables, parsemée de nids de poule, nous arrivons en contrebas du Pas de Bellecombe. Nous ne sommes pas les seuls : nombreux sont ceux qui sont venus bravés la nuit, le vent et la pluie pour observer le spectacle. Après 45min de marche, lampes frontales vissées sur la tête, nous arrivons au piton de Bert. Entre les nuages, on aperçoit la coulée ainsi que des panaches qui s’échappent de la bouche éruptive. Nous sommes trempés, nous ne resterons pas longtemps. Retour au bercails. A 2h du matin, je me glisse dans mon lit en me disant que les éruptions ce n’est pas seulement dans les livres de géologie ! Les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise sont eux au plus près de l’éruption et surveille de près la coulée.

Hasard du calendrier, quelques jours à près, je remonte au volcan, enfin pas loin, à Bourg-Murat, pour visiter la Cité du Volcan qui a rouvert après rénovation, il y a 6 mois. Je vous propose un compte-rendu de cette visite que j’ai effectuée avec Patrice Huet, le directeur scientifique de l’établissement et l’une des chevilles ouvrières du chantier de rénovation.

Les origines du projet

La Maison du Volcan (ancien nom de l’établissement) ouvre ses portes en 1992 sous l’impulsion entre autres de Maurice et Katia Kraft. Malheureusemente, le célèbre couple de volcanologues français ne verra jamais l’ouvrage terminé : ils disparaissent en 1991, emportés par une coulée pyroclastique sur les flancs du mont Unzen au Japon. Avec la Maison du Volcan, l’objectif est de faire découvrir le volcanisme dans le monde et à La Réunion en particulier. Le parti pris muséographique est de proposer des dispositifs technologiquement innovants et une expérience immersive. En 2011, elle accueille encore 60 000 visiteurs mais en l’absence de réinvestissement conséquent, au fur et à mesure des années, les dispositifs ne sont plus innovants du tout. La Maison du Volcan semble de plus en plus décrépie et la Région Réunion, propriétaire de l’établissement, décide de fermer et de lancer un grand chantier de rénovation.

Le budget alloué est au départ de 11 millions d’euros. Il atteindra finalement 12 millions soit 9% de dépassement ce qui est plutôt honorable. La rénovation -conception et travaux- durera 3 ans et l’établissement rebaptisé Cité du Volcan rouvrira ses portes en août 2014 après quelques déboires politico-administratifs.

Le projet a été mené par le service culturel et le service bâtiments du conseil régional, assisté d’une agence de muséographie-scénographie en AMO, Les Crayons. Le futur exploitant, la SPL Réunion des Musées Régionaux, s’impliquera dans le projet au fur et à mesure.

La Cité du Volcan rénovée. Image : Réunion des Musées Régionaux

L’offre et les équipements

La surface accessible au public est de 4000m2. Elle était de 1500m2 au préalable. Il y a eu un important travail d’optimisation ainsi que la création de nouveaux espaces.

La Cité du volcan dispose aujourd’hui de :

  • une exposition permanente de 600m2 avec une salle de projection à 270°.
  • une salle d’expositions temporaires de 200m2.
  • 2 salles pédagogiques.
  • un cinéma 4D (30 places).
  • un auditorium (280 places).
  • un espace enfants/ludothèque.
  • un centre de ressources documentaires.
  • une galerie où des artistes et artisans locaux exposent leur travail.
  • un orgue à feu (pas encore en place à ce jour).

En termes d’offre pédagogique et culturelle, l’établissement propose :

  • des visites thématiques de l’exposition, tous les jours, pour tout public.
  • des visites guidées sur mesure, pour les groupes, sur réservation.
  • Des sorties terrain au volcan, sur réservation.

L’exploitant est la SPL Réunion des Musées Régionaux. 40 personnes (temps plein) sont affectées au fonctionnement du site dont 6 médiateurs.

L’exposition

Par rapport à l’ancienne exposition, le propos se ressert sur le volcanisme à La Réunion sans pour autant totalement exclure d’autres exemples de part le monde. Dans la lignée de la Maison du Volcan, le parti pris muséologique est proposer des dispositifs technologiquement innovants et une scénographie immersive.

Après avoir traversé la galerie artisanale, le visiteur passe dans un tunnel de lave, premier élément immersif. Il franchit un escalier et se retrouve sur une plateforme conçue comme un espace en hommage au couple Krafft. A partir de ce point, il peut pénétrer dans l’exposition ou se diriger vers d’autres équipements (ciné 4D, auditorium, ludothèque, etc.).

L’exposition se structure en 2 espaces bien distincts. Le parcours commence au niveau 1 avec un film en projection 270° sur l’histoire de l’univers et le volcanisme extraterrestre, réalisé spécialement pour l’occasion. Ensuite 4 salles abordent successivement le volcanisme terrestre, l’origine volcanique de l’île, les risques géologiques à La Réunion et la colonisation biologique des laves. Entre les salles 2 et 3, un second espace immersif, un bathyscaphe digne de Jules Verne, présente l’épanchement sous-marins des coulées volcaniques de 2004 et la formation des pillow lava.

Je trouve ces 4 salles particulières réussies en termes de scénographie et d’équilibre des contenus. Chacune est constitué de 3 ensembles conçus comme 3 niveaux d’appréhension du contenu :

  • Des dispositifs centraux : maquette, hologramme, table tactile, etc.
  • Un grand panneau mural mêlant textes et images (impression sur toile).
  • Des bornes « pour en savoir plus ».
Cité du Volcan : deuxième salle d'exposition, le volcanisme de La Réunion

Cité du Volcan : deuxième salle d’exposition, le volcanisme de La Réunion

L’espace est bien structuré, les circulations sont faciles. Le visiteur n’est pas d’emblée assommé par le volume de contenus, celui ci est bien équilibré. Le sujet des 3 premières salle est très minéral mais le scénographe a réussi a créé une ambiance assez douce qui tranche avec la dureté des roches et la violence des phénomènes géologique dont il est question. Par contre, je n’ai pas eu temps de consulter dans le détail les différents dispositifs. Je ne peux donc pas me prononcer sur l’interactivité des dispositifs multimédias, la facilité de lecture des textes, etc. Il faudra que j’y retourne !

Un très bon point : les assises sont nombreuses. Apparemment, le manque de possibilités de repos était une plainte récurrente des visiteurs dans la précédente exposition. Il ne devrait plus y avoir de problème sur ce point. Enfin, mention spéciale à la dernière salle, sur le conquête biologique. Un arbre -un vrai arbre coupé, tronçonné et reconstitué dans l’expo- occupe la place centrale et par un jeu de lumières, crée une atmosphère particulière, presque féérique.

La seconde partie de l’exposition, se trouve au niveau supérieur. On doit sortir de la première partie et emprunter un escalier pour l’atteindre. Pour des raisons de coûts et à cause des contraintes imposées par le bâtiment existant, il n’a pas été possible d’intégrer les deux parties. Il y a une vraie rupture dans le parcours de visite qui pourrait faire penser qu’on a en fait deux expositions différentes. Cette rupture est renforcée par le fait que la seconde partie est en terme d’espace très différente de la première.

On commence par la salle au trésor : une très belle collection de roches volcaniques est présentée dans des vitrines. Aucun échantillon ne peut être touché, c’est dommage. L’expérience visiteur pourrait en être enrichie. Soit dit en passant, dans l’ensemble de l’exposition, il y a peu de dispositifs accessibles au déficient visuel par le toucher. Pas de traduction en langue des signes non plus et certains dispositifs ne permettent pas une consultation aisée aux personnes en fauteuil roulant (pas de rebord permettant de placer les jambes sous le plateau horizontal d’une table tactile par exemple). Je ne crois pas qu’il n’y ait non plus de visite guidée adaptée. Bref, au delà de la stricte accessibilité du bâti, il y aurait plusieurs points à améliorer pour faciliter la visite des personnes handicapées.

Après la salle du trésor, on s’engage dans un long couloir qui traite du Piton de la Fournaise dans les mythes, légendes et croyances locales puis retrace l’historique des éruptions de ce volcan. Le couloir enserre en fait, les salles d’expo du niveau inférieur. Un mur porteur sépare des deux espaces. Il était trop couteux d’y réaliser des ouvertures et de transformer ce couloir en coursive ouverte sur le premier niveau. Dans ce couloir, on ne trouve que des éléments imprimés, des grand panneaux sur toile similaires à ceux des salles précédentes. Le graphisme est somme toute assez différent et renforce la rupture. Il n’y a pas d’autres éléments ni scénographiques, ni muséographiques. Cela donne l’impression qu’on a simplement habillé les murs. Pour la part, je trouve que cela casse l’effet des premières salles qui sont particulièrement réussies.

Cité du Volcan : niveau 2 de l'exposition. Croyances, mythes et légendes sur le Piton de la Fournaise

Cité du Volcan : niveau 2 de l’exposition. Croyances, mythes et légendes sur le Piton de la Fournaise

On débouche enfin sur le dernier espace de l’exposition l’observatoire volcanologique. En lien avec l’observatoire du Piton de la Fournaise, situé à quelques centaines de mètres, les données de suivi volcanologique et des images du volcan sont retransmises en direct. La semaine dernière, lorsque l’éruption a commencé, une classe était en visite et ils ont pu suivre en direct l’accélération de l’activité sismique. On peut difficilement faire plus près de l’événement et du travail des scientifiques !

Cité du Volcan. L'observatoire Volcanologique.

Cité du Volcan. L’observatoire Volcanologique.

 

Les nécessaires ajustements

Comme toujours dans ce genre de projet, on a des mauvaises surprises à la livraison et quelques mois après l’ouverture. Finalement, rien n’est terminé, il faut encore ajuster et déjà réparer alors qu’on connait les pics d’affluence les plus importants. Pas repos pour les braves d’autant plus que l’établissement est ouvert 7 jours sur 7, en journée continue. La maintenance doit se faire en heures sup après la fermeture ou pendant les heures de visite pour les petites interventions.

En autres problèmes, la rénovation n’est pas venue à bout de toutes les fuites préexistantes, la signalétique s’est révélée peu lisible (textes gris sur fond noir…), des lettrages sur des dispositifs muséographiques sont déjà en partie effacés après 6 mois d’exploitation, une table tactile est en panne.

Détérioration après 6 mois d'exploitation : trois lettres et un accent manquent déjà

Détérioration après 6 mois d’exploitation : trois lettres et un accent manquent déjà

Il y a surtout des problèmes de pollution sonore et lumineuse sur le parcours de visite. Classique là aussi et difficile à anticiper avant la livraison. Il va falloir ajouter des douches sonores dans l’espace hommage au couple Krafft ainsi que des atténuateurs sur les éclairages LED des salles du premier niveau.

On est toujours charrette sur la fin de ce genre de projet (et même tout du long parfois). La commande de la maîtrise d’ouvrage impose une course contre la montre qui empêche de faire ces ajustements avant l’ouverture au public. De même, il n’a pas été possible de faire des prototypes et des essai des dispositifs d’expo. Dès lors, on sait d’emblée que tout ne sera pas parfait à l’ouverture.

Bilan après 6 mois d’ouverture

Malgré ces ajustements somme toute marginaux, le succès est au rendez-vous. Il y a eu 100 000 entrée les cinq premiers mois d’exploitation et les retours des visiteurs sont a pririo très positifs (hormis les problèmes de pollutions sonores et lumineuse). Une étude de satisfaction est en cours. L’établissement vise les 135 000 visiteurs annuels en année de croisière. L’avenir nous dira si cet objectif est atteint.

Une chose est sure cependant. Le partis-pris muséologiques de proposer de dispositifs high tech, impose d’anticiper le renouvellement au moins partiel de l’exposition à une échéance maximale de 5 ans. Là où une technologie était dépassée en 10 ans à l’ouverture de la Maison du Volcan en 1992, il ne faut parfois aujourd’hui 2 ou 3 ans pour rendre ringarde une technologie. Or réinvestissement et entretien sont souvent des voeux pieux dans les institutions culturelles, maitrise d’ouvrage publique et échéance électorale obligent. Que va donner la Cité du Volcan dans quelques années ? Espérons qu’elle restera dans la course technologique et que l’histoire ne se répétera pas.


Pour ceux qui voudraient tout savoir ou presque sur le Piton de la Fournaise et ne peuvent pas venir jusqu’à la Réunion pour visiter la Cité du Volcan, vous pouvez vous rabattre sur un épisode dédié de C’est pas Sorcier.

 

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